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SEMIOTIQUE - DEFINITIONS GENERALES
Écrit par Administrator   
Lundi, 26 Juillet 2010 15:59
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SEMIOTIQUE - DEFINITIONS GENERALES
THEORIE SEMIOTIQUE
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SÉMIOTIQUE

Le terme de Sémiotique s'emploie dans des sens différents selon qu'il désigne (A) une grandeur manifestée quelconque, que l'on se propose de connaître ; (B) un objet de connaissance, tel qu'il apparaît au cours et à la suite de sa description, et © l'ensemble des moyens qui rendent possible sa connaissance.

SÉMIOTIQUE-OBJET

1 – Il est clair que la définition courante de la sémiotique comme « systèmes de signes » ne convient pas au sens A, car elle présuppose déjà la reconnaissance des signes : en la remplaçant par « système de significations », on introduirait déjà le concept moins engagé de « signification »; en substituant à « système » - qui est une notion théorique, précise et limitative – celui d'ensemble, on peut proposer de définir, dans un premier temps, la sémiotique comme un ensemble signifiant que l'on soupçonne, à titre d'hypothèse, de posséder une articulation interne autonome. On dira aussi que tout ensemble signifiant, dès l'instant où l'on envisage de le soumettre à l'analyse, peut-être désigné comme une sémiotique-objet : cette définition est tout-à-fait provisoire, car elle n'est valable que dans le cadre d'un projet de description et présuppose, de ce fait, une méta-sémiotique censée le prendre en charge. Les concepts d'ensemble signifiant et de sémiotique-objet ne sont d'ailleurs pas coextensifs : les résultats de l'analyse montreront parfois que seule une partie de l'ensemble est recouverte par la sémiotique construite, ou que, au contraire, celle-ci rend compte de plus de grandeurs que celles initialement prévues comme faisant partie de l'ensemble signifiant.

2 – Ces remarques préliminaires, en apparence futiles, prennent tout leur poids lorsqu'il s'agit de se prononcer sur le statut des sémiotiques dites naturelles et sur la pertinence de la dichotomie entre ce qui est « naturel » et ce qui est « construit » : un tel problème engage d'ailleurs la théorie sémiotique dans son ensemble. On entend par sémiotique naturelles deux vastes ensembles signifiants : d'une part les langues naturelles, et de l'autre les « contextes extra-linguistiques » que nous considérons comme des sémiotiques du monde naturel. Elles sont « naturelles » parce que antérieures à l'homme – il baigne dans sa langue maternelle, il est projeté, dès sa naissance, dans le monde du sens commun – qui les subit mais ne les construit pas. Cependant, la frontière entre ce qui est « naturellement » donné et ce qui est construit, est floue : le discours littéraire utilise telle langue naturelle, les logiques prennent leur départ dans les langues naturelles, et ce sont pourtant, et indiscutablement, de véritables constructions. La sémiotique de l'espace éprouve la même difficulté à distinguer l'espace « bâti » de l'espace « naturel » : le paysage  «  naturel » est évidemment un concept culturel et n'a de sens que par rapport à l'espace informé par l'homme. Contrairement donc à F. de Saussure et à Hjemslev, pour qui les langues naturelles sont des sémiotiques parmi d'autres, lles langues naturelles et le monde naturel nous paraissent comme de vastes réservoirs de signes, comme des mieux de manifestations de nombreuses sémiotiques. D'autres part, le concept de construction doit également être révisé et revalorisé dans cette perspective : dans la mesure où la construction implique l'existence d'un sujet constructeur, une place doit être aménagée – à côté des sujets individuels – pour les sujets collectifs (les discours ethnolittéraires ou ethnomusicaux, par exemple sont des discours construits, quel que soit le statut que l'anthropologie génétique puisse attribuer aux sujets producteurs de tels discours). Il nous semble, dès lors souhaitable de substituer à l'opposition naturel/construit (ou « artificiel »), celle de sémiotiques scientifiques/sémiotiques non scientifiques : on entendra ici par sémiotique scientifique – au sens large de ce qualificatif - une sémiotique-objet traitée dans le cadre d'une théorie sémiotique explicite ou implicite (la construction d'un langage documentaire, par exemple repose sur une théorie, même si celle-ci n'est que faiblement scientifique).

 

 


 

THÉORIE SÉMIOTIQUE

 

Alors qu'au sens (B) la sémiotique était à concevoir comme la superposition adéquate d'une sémiotique-objet et d'un langage de description, on peut maintenant l'envisager à la fois comme le lieu de l'élaboration des procédures, de construction des modèles et du choix des systèmes de représentation, régissant le niveau descriptif (c'est-à-dire le niveau métalinguistique méthodologique), mais aussi comme le lieu de contrôle de l'homogénéité et de la cohérence de ces procédures et modèles, en même temps que de l'explicitation – sous forme d'une axiomatique _ des indéfinissables et du fondement de tout cet échafaudage théorique (c'est le niveau épistémologique proprement dit). Dans cette perspective, la sémiotique sera entendue soit comme sémiotique générale ( en insistant ainsi sur l'exigence qui lui est imposée de rendre compte de l'existence et du fonctionnement de toutes les sémiotiques particulières), soit comme théorie sémiotique dans la mesure où elle est appelée à satisfaire aux conditions de scientificité propres à toute théorie, et où elle se définit, de ce fait, comme un métalangage (tout à la fois méta-sémiotique scientifique et méta-sémiologie, dans la terminologie de Hjemslev.

En principe, plusieurs théories sémiotiques … peuvent être élaborées : seule leur formalisation permettrait éventuellement de les comparer et de les évaluer les unes par rapport aux autres. Une telle démarche comparative est , à l'heure actuelle, absolument impossible, car il n'existe pas encore de théories sémiotiques digne de ce nom : on rencontre d'une part, des théories intuitives sans procédures opératoires (où l'on se contente souvent de « profession de foi » péremptoires) et de l'autre, des procédures parfois formalisées, mais qui ne reposent sur aucune théorie explicite.....

La théorie sémiotique doit se présenter, d'abord pour ce qu'elle est c'est-à-dire une théorie de la signification. Son souci premier sera donc d'expliciter, sous forme d'une construction conceptuelle, les conditions de la saisie et de la production du sens. Ainsi en se situant dans la tradition saussurienne et hjemslevienne, selon laquelle la signification est la création et/ou la saisie des « différences », elle aura à réunir tous les concepts qui, tout en étant eux-mêmes indéfinissables, sont nécessaires pour établir la définition de la structure élémentaire de la signification. Cette explicitation conceptuelle la conduit alors à donner une expression formelle des concepts retenus : considérant la structure comme un réseau relationnel, elle aura à formuler une axiomatique sémiotique qui se présentera essentiellement comme une typologie des relations (présupposition, contradiction etc.), axiomatique qui lui permettra de se constituer un stock de définitions formelles telles que par exemple, celle de la catégorie sémantique (unité minimale) et celle de la sémiotique elle-même (unité maximale), cette dernière incluant à la manière de Hjemslev, les définitions logiques de système (relation « ou...ou ») et de procès (relation « et....et »), de contenu et d'expression, de forme et de substance, etc.

- l'étape suivante consistera dans la mise en place d'un langage formel minimal : la distinction entre les relations-états (la contradiction par exemple) et les relations-opérations (la négation par exemple) lui permet de postuler les termes symboles et les termes opérateurs ouvrant ainsi la voie à un calcul d'énoncés. C'est alors seulement qu'elle aura à s'occuper du choix – ou du libre-choix – des systèmes de représentation dans lesquels elle aura à formuler les procédures et modèles (le carré sémiotique ou l'énoncé élémentaire, par exemple). Ces quelques indications ne sont destinées qu'à donner une idée générale de la démarche qui nous paraît s'imposer lors de la construction d'une théorie sémiotique ….

 

SOURCE :

Greimas A. J., Courtès J.
Sémiotique dictionnaire raisonné
de la théorie du langage,
Hachette Université, Paris 1980,pp 339-335

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Mise à jour le Lundi, 26 Juillet 2010 16:34
 
 
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